analyse du sarkozysme au travers de l'humanisme socialiste [texte]Einstein Contre Sarkozy
Sur base de « Pourquoi le socialisme ? » écrit en 1949 pour le n° 1 de la revue Monthly ReviewC’est bien beau de s’habiller d’un costume de philosophe pour philosopher comme une brique. C’est bien beau de se vêtir d'une écharpe d’intellectuel pour pratiquer du sophisme et de la pirouette dialectique. Et puisque le « Petit père de la Nation » se le permet à chaque occasion, La fille du Père Noël se lance dans un essais comparatif entre deux grands penseurs issus du 20 ème siècle : Einstein contre Sarkozy (ça a plus de gueule qu’un Bayrou – Sarko, non ?)
Extrait :
A.E. "L'homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s'efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l'approbation et l'affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d'améliorer leurs conditions de vie. C'est seulement l'existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d'un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société.
Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l'hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement."
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Ce premier extrait nous parle de cette fameuse notion d’hérédité, remise au goût du jour par Sarko le penseur. Einstein fait une sage distinction entre l’être humain (en général) et l’individu humain (en particulier). Ainsi, si l’être humain est soumis au loi de l’hérédité propre à son espèce, en tant qu’individu, il est en interaction avec son environnement culturel, au sens le plus large.
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A.E. "Le concept abstrait de " société " signifie pour l'individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société - dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle - qu'il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. "
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Et c’est bien cet aspect culturel propre à l’humanité qui la différencie profondément du reste du règne animal…tout en la maintenant animale puisque issue de ce règne, et puisque physiologiquement héréditaire.
Dès lors, prétendre qu’un comportement déviant tel que la pédophilie soit prioritairement héréditaire, c’est faire fi de tout un pan de ce qu’est l’individu, dans sa société. Car la culture, c’est aussi la morale, toute relative qu’elle puisse être, selon la société particulière dans laquelle elle s’exerce (par exemple, la morale occidentale n’est pas exactement la morale orientale). La morale, c’est en quelque sorte de l’auto-censure intellectuelle, faites de lois tacites qui permettent aux individus de vivre collectivement dans leur ensemble commun qu'on appele société. Dire quela pédophilie est un comportement privé de toute morale, est strictement exact. Mais la morale et l’hérédité – nous venons de le voir – ne sont pas des facettes identiques d’un individu donné. Dès lors, comment comprendre et qualifier un comportement socialement amoral ? Il peut être raisonnable de dire que, lorsqu’un individu donné, issu d’une culture donnée, et donc « auto-censuré » par une morale relative (à la société) se met à développer des comportements amoraux – et donc asociaux – il ne fait rien d’autre que de montrer le déséquilibre dans lequel il se trouve, entre ses intérets particuliers d’individu, et ses besoins de reconnaissance collective.
En d’autre termes, lorsqu’un individu abandonne sa morale sociale (hors de tout cas pathologique) c’est parcequ’il ne se sent pas reconnu par la collectivité. En représaille à cette exclusion, l’individu aura la tendance à s’éloigner de la morale sociale dans laquelle il évolue. Tous les sociologues le disent, l‘exclusion sociale est criminogène, et dans des cas extrêmes, certains individus (peut être « multi-exclus) peuvent se transformer en de réels prédateurs pour leurs semblables.
Prétendre donc que l’hérédité est fondation de l’individu, c’est ignorer son aspect sociétal. Finallement, lorsque Nicolas Sarkozy prend cette position philosophique, il est bel et bien en plein dans son rôle d’idéologue de droite politique, laquelle a pour base le darwinisme social, où les individus sont en concurrences naturelles, et où seuls les meilleurs sortent du lot. Nous entrons ici dans une espèce de paradoxe, ou un adepte de la prédation morale constate qu’il existe des prédateurs amoraux.
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A.E. "C'est la " société " qui fournit à l'homme la nourriture, les vêtements, l'habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d'individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de " société "."
[…]
"L'anthropologie moderne nous a appris, par l'investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu'il dépend des modèles de culture dominants et des types d'organisation qui prédominent dans la société. C'est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s'efforcent d'améliorer le sort de l'homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d'un sort cruel qu'ils s'infligent eux-mêmes."
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C’est ce qui est appréciable chez Einstein, il prend des positions humanistes et évolutives, et, les exprimant ainsi, il nous permet de mettre gravement en contraste celui qui aujourdhui se réclame de tous les humanistes tout en ignorant les rôles culturels collectifs. Et puisqu’on parle d’espérance, c’est aussi l’occasion d’en faire le tour. L’espérance, mot passe-partout et concept dogmatique du sarkozysme et tant que doctrine politique nous emmène dans un au-delà hypothétique (mystique ou physique), et se garde bien d’apporter une quelconque solution autre que strictement individuelle aux affres de la vie qui font de l’espérance une notion indispensable à l’être humain. A contrario, l’espérance humaniste se base sur l’humain lui-même, constatant qu’il n’existe aucune autre fatalité sociale que celle là même que les hommes s’imposent à eux même.
Et si le sarkozysme est dangereux, c’est bien par l’occultation fort utile du conflit de plus en plus vif entre l’individu et la société. Le capitalisme qui régit nos vies, dont est issu cet individualisme exacerbé, est la source même des maux que nous identifions encore aujourdhui. En bon représentant de la classe bourgeoise, son intérêt particulier et immédiat est de faire en sorte que le capitalisme reste ce qu’il a toujours été, le fournisseur officiel en liquidité de la classe dominante.
On pourrait espérer, dans le chef d’un homme qui vise la présidence de la République, une réflexion globale et pragmatique sur l’état de notre société, une présentation de solutions communes et dans le strict intérêt collectif. Il n’en est rien, et les déclarations « génétique » en sont un bon indice, Nicolas Sarkozy est le strict produit de son milieu, le meilleur représentant de la classe bourgeoise. Dès lors, son travail consiste à maintenir la société en l’état, faire en sorte que les mêmes clivages, que les mêmes conflits d’intérêts perdurent entre les divers étages de la pyramide sociale. Néanmoins, nous ne sommes plus en 1949, et le capitalisme accompagné de son cortège d’injustices et de conflits a progressé selon les évolutions sociologiques de ces dernières décennies.
Et c’est bien cette évolution sociologique qui amène les divers acteurs de la société à prendre les positions qui sont les leurs. Ainsi, si plus d’individus sont aujourdhui conscient du monde social dans lequel ils évoluent, il y a aussi plus d’individus qui restent dans un état latent d’ignorance des mécanismes qui font que notre vie est ce qu’elle est. Il était pourtant prévu qu’une école républicaine forme des citoyens libres et égaux…mais voilà, les intérets des uns ne sont pas ceux des autres.
Alors, dans une société qui parle d’insécurité, qui débat sur les chiffres de la délinquance, qui pond des lois pseudo-rassurantes mais réellement liberticides, nous retrouvons les même mécanismes d’expression d’une morale commune d’une part – la société de consommation, puisque consommer est devenu valeur – et le rejet de cette expression morale d’autre part. Pourquoi rejet ? Parfois par conscience des mécanismes, mais trop souvent par ignorance des mécanismes, et dès lors par réaction naturelle à l’ordre établi. La délinquance d’aujourdhui n’est rien d’autre que de prendre pour soi, de manière strictement individuelle, les valeurs (consommation) que la société garde pour elle et celle qu’elle reconnait, tant que vous ne réunissez pas les conditions indispensables à votre reconnaissance d’individu dans la société.
Simplifions. Si être reconnu socialement consiste à avoir une cravate jaune, et que pour obtenir cette cravate jaune il vous faut avoir un travail, alors vous chercherez le travail qui vous donnera droit à la cravate jaune. Si toutefois le travail est une denrée rare, s’il n’y en a pas pour tout le monde, ça ne changera rien au fait que chaque individu aura toujours l’envie naturelle de reconnaissance sociale. Par là, ceux qui resteront sans le travail qui donne droit à la cravate jaune, auront la tendance naturelle à « faire semblant que », voir à se procurer cette fameuse cravate jaune, signe de reconnaissance, par des moyens que réprouvent la morale sociale. Ce qui – on le comprend aisément – n’est pas du tout du gout des gardiens de la dite morale sociale, en d’autre terme, pas dans l’intérêt de la classe dirigeante, puisque c’est elle qui garde et réforme la morale selon ses besoins.
Ainsi, dans notre société, le mot d’ordre est aujourdhui au sécuritaire, c’est un aspect moral de plus qui consiste à criminaliser les exclus pour leur faire craindre le bâton, et de l’autre côté, leur vendre de l’espérance carotte – même plus du rêve – pour qu’il puissent continuer à croire que la cravate jaune est le saint graal qu’on obtient par sa soumission à l’ordre moral établi. Pervers, certainement.
Comparons : le fait de criminaliser (puisque fustiger marche moins bien qu’avant) l’exclusion sociale en rigidifiant les codes moraux et le fait d’exposer une baisse du chômage – fut elle illusoire – n’est rien d’autre que le principe antique du bâton-sécurité et de la carotte-cravate jaune. Là ou la situation s’aggrave, c’est lorsque le travail-reconnaissance sociale ne suffit plus à obtenir la cravate jaune-reconnaissance. Nous entrons de plein pied dans une crise de système.
Alors, qu'en est il de cette idée saugrenue de "travailler plus pour gagner plus", dans un société ou il y a chômage de masse ? C'est une autre façon de dire qu'il n'y a pas, qu'il n'y aura pas de cravates jaunes pour tout le monde, et que seul les meilleurs l'auront...darwinisme social, idéologie politique de droite, encore.
Nous voyons que le sarkozysme n’est finallement rien d’autre qu’un dogmatisme de classe dominante. Dogmatisme qui offre de l’espérance sans dire où elle conduit, ni quand elle pourrait être concrétisée en faits, dogmatisme qui dénature l’humanisme en le centrant sur l’individu et non sur la collectivité, un dogmatisme qui se radicalise dans sa volonté de contrôle des masses et de criminalisation de tout ce qui sort de la norme morale. Bref, une classe privilégiée, qui compte bien être en position de garder ses privilèges. En ce sens, l’enjeu des élections est bien une comparaison entre deux idées de l’humanité et de sa condition, et le concept « d’ordre juste » contient plus de réalité effective, alliant ordre nécessaire et justice sociale apaisante, à contrario de l’idéologie de l’espérance aveugle qui devrait habiter tous les désignés comme faibles par le darwinisme social. Et dans le concept de « rupture tranquille », qu’est il d’autre à comprendre que la nécessité pour le système à s’adapter aux réalités sociologiques mouvantes. Ainsi, la volonté de lutte contre l’immigration, outre son aspect épouvantail pour maison de retraite, ne serait elle pas issue de la volonté de réduire le mouvement sociologique, en radicalisant d’une part ses positions morales, qui deviennent condition d’intégration, et en réduisant au maximum les appels d’air extérieurs, susceptibles d’apporter des idées nouvelles ? Le repli communautariste est une arme d’isolement des masses, qui, si elles étaient unies, auraient une force propre à imposer un réel changement systémique.
Pour conclure, un message aux 11 millions d’électeurs de Sarko lors du premier tour : Qui d’entre vous fait partie de la classe dominante bourgeoise ? Et qui d’entre vous à intérêt à conserver la haute bourgeoisie dans ses privilèges ? Ou encore mieux : qui est pret à marcher sur la tronche de son voisin pour obtenir une cravate jaune ? Attention, répondre à cette question peut provoquer une abstention massive.
Lfdpn.















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