Nathalie Gettliffe - 16 mois de prison

16 mois de prison. Prison pour ses enfants, pour que le patriarcat soit à l’honneur en ce début de 21eme siècle.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi, Nathalie Gettliffe, c’est cette mère qui avait soustrait ses enfants à l’influence d’une secte canadienne (considérée comme telle en France) dans laquelle le père était devenu un membre influent. On se souviendra de son incarcération en avril dernier, lors d’un séjour au Canada pour soutenir sa thèse à l'université de Colombie britannique.

Cinq ans plus tôt, en soustrayant ses enfants à l’influence de « L’Eglise Internationale du Christ », elle ne se doutait sans doute pas que le génie humaniste français et canadien l’emmènerait en prison. Et pourtant.

Et pourtant dans cette affaire, il s’agit de deux Etats souverains ayant chacun ratifié la Convention Internationale des droits de l’enfant. Autant dire s’être essuyé les pieds sur un paillasson, car cette convention, sensée faire office de loi, est strictement ignorée dans toutes les affaires mettant en jeu l’avenir d’enfant, en France notamment. Ainsi, on accuse Nathalie d’avoir enlevé ses enfants….comment une mère peut elle enlever ses enfants ? Voilà un mystère métaphysique dont il faudra trouver la source dans une dialectique de bas étage, du sophisme pur.

Comment ? Qu’ose-t-on dire ? C’est comme ça. Ce qui prime aujourd’hui, ce sont les droits du père. Certes les droits du père, nul ici ne les nieras. Le gros problème se pose lorsque les droits du père supplantent tous les autres droits, ceux de la mère, et ceux des enfants.

Car au-delà de Nathalie Gettliffe, c’est tout le problème de la garde des enfants en cas de séparation qui est posé. Et ce problème est devenu énorme, bien plus énorme que par le passé, bien plus énorme parce que depuis une dizaine d’année, de grands esprits géniaux ont inventés la garde alternée.

Cette fameuse garde alternée, où il s’agit le plus souvent pour les enfants de faire leur valise chaque semaine, pour passer d’un lieu d’habitation à un autre, d’un parent à l’autre. Il ne saurait y avoir aucun avantage pour les enfants dans ce genre de situation, et ceux qui vous prétendront que pour leur cas tout se passe bien, n’exprimeront généralement rien d’autre que leur propre contentement à être « libre d’enfant » une semaine sur deux. En cherchant bien, on pourra certainement trouver des cas idéaux, rarissime, où tout le monde y trouve son compte, père, mère et enfants…et dans ces cas là, il n’est nul besoin d’avoir recourt à la justice. Mais dans l’écrasante majorité des cas, la garde alternée est destructive, dans tous les sens du terme, et pour tout le monde. C’est une éducation au quotidien qui change tout le temps, une alimentation qui change tout le temps, une autorité qui change tout le temps, des valises à faire, des cartables à ne pas oublier, des habitudes changeantes, bref, un foutoir complet.

Car il faut tout de même bien se rendre compte aussi que lorsque des parents se séparent, c’est qu’il y a une bonne raison. Et souvent, une meilleure raison que celle qui a amené deux individus à partager leur vie. Mais voilà : les droits du père. A peu de chose près, autant reprendre la législation en cours sous Louis XIV, lorsque le père avait droit de vie et de mort sur femme et enfant. On en est plus très loin, croyant évoluer, le législateur fait régresser les lois, et la société toute entière. Réactionnaire, la garde alternée est trop souvent immédiatement liée a des questions religieuses, à des questions de conception sociale.
Point d’humanisme ici, seul les droits, du père. Parce que les droits des enfants à exprimer leur avis, à dire la manière dont il veulent vivre, à dire avec qui il veulent vivre, à être entendu par l’aveugle justice, ceux là ne compte pas. Les enfants, on aura toujours d’excellentes raisons de ne pas les entendre. Est-ce bien la faute de la justice ? Certainement, mais pas seulement, la première responsabilité qui n’a pas été prise est bien celle du père, qui du haut de ses bons droits, refusent d’entendre que la mère et ses enfants possèdent un lien de vie irremplaçable, un lien issu de neuf mois de gestation, un lien plus fort que n’importe quel droit paternaliste. Ainsi, les droits du père supplantent ceux de la mère…il ne leurs suffira pas d’être égaux a ceux de la mère, non, il doivent les supplanter. Il ne leurs suffira pas d’être égaux aux droits des enfants, non, il faudra les dépasser, car enfin, c’est du père dont on parle, le mâle dans toute sa splendeur, ce n’est plus une question d’ego, c’est une question de pathologie.

Des dizaines de milliers d’années d’évolution, un millénaire d’obscurentisme pour en arriver où ? Aux droits du père, comme dans le cas de Nathalie. Ses enfants, elle-même, et son nouveau compagnon sont les otages prisonnier d’un seul homme : celui auquel on reconnaît « les droits du père ». Mais quel est donc ce père, de droits divin probablement, incapable de voir l’intérêt immédiat de ses propres enfants, un peu comme s’il s’imaginait vivre dans une société victorienne, ou mieux, à avoir un titre de noblesse à transmettre à sa descendance, un trône à conserver, des terres à transmettre. Ah, la fameuse loi salique, c’est bien en Royaume de France qu’on l’a inventée, et la patrie des droits de l’homme n’est pas celle des droits de la femme…la même qui meure tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Patrie, Patriarcat, la liaison est faite, l’iniquité établie dans les fondements. Et on ira donner des leçon à d’autres, c’est facile.

Et les devoir du père ? Parceque les droits c’est bien, c’est beau, mais les devoir, en somme, on s’en tamponne. Le devoir de respecter ses enfants, de leur permettre de s’exprimer, d’écouter leur avis, et de faire en sorte qu’une situation grave comme une séparation, leur soit le moins pénible possible. On pourrait croire que dans l’égo du mâle, une zone « responsabilité » clignote au rouge dans ces cas là. C’est souvent le cas, beaucoup sont capable de prendre leurs responsabilités, et de reconnaître qu’il ne peuvent remplacer la mère aux yeux de l’enfant. La prétendue égalité instaurée par la défense des droits du père n’est en fait rien d’autre que la spoliation des droits de la mère et des droits des enfants au profit d’un seul individu : le patriarche.

Et les dégâts dépassent très souvent le strict cadre familial du début. Imaginer ce que doit ressentir le compagnon actuel de Nathalie, qui lui aussi a des enfants, dont un vient de naitre dans une prison canadienne. N’a-t-il pas de doits ? Doit on le considérer comme dégat collatéral au nom de l’idiotie des législateurs, et de la bêtise despotique d’une justice familiale réfractaire et réactionnaire ?

Et la justice familiale, c’est là le paradoxe, est souvent composée de femme…Comme la procureure canadienne Gail Dickson qui a requis une peine de deux ans de prison assortis de trois ans de mise à l'épreuve. Elle avait justifié de la sévérité de cette réquisition en faisant valoir «la gravité» du cas de la Française qui, selon elle, a «ignoré de façon irresponsable l'intérêt des enfants, refusé à plusieurs reprises de se conformer à des décisions de justice et dénigré Scott Grant (son ex-époux, ndlr)».

Souhaitons à madame Dickson une sympathique séparation, et de connaître les même avanies lorsqu’il s’agira de penser à ses propres enfants…mais ces derniers ne mérite pas ça, comme aucun enfant ne mérité d’être l’otage des facéties perverses de certains pères et de leur Sacro-Saint Droits.

Pour Poursuivre :

L’association Nathalie Gettliffe, où une pétition de soutien est à signer :



http://www.nathalie-gettliffe.com

La garde alternée, chiffres et problématique :

http://www.divorce-famille.net/pages/actualite09.htm

http://www.lenfantdabord.org/opinion-specialistes/pour-contre.html

http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1542

http://www.arte.tv/fr/histoire-societe/Quand_20des_20p_C3_A8res_20se_20vengent/Garde_20altern_C3_A9e/813712.html

http://www.ajc-violence.org/spip/article.php3?id_article=167

http://www.dunod.com/pages/ouvrages/ficheouvrage.asp?id=50365

La Convention Internationale des droits de l'enfant :

http://www.justice.gouv.fr/textfond/enfant.htm

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