La Raison du Plus Fort

Quand je pense que d'aucuns esprits soient suffisement chagrins que pour critiquer vertement notre chère civilisation occidentale. C'est vrai qu'on pourrait croire que certaines dérives soient le produit d'une évolution sociale déviante. Mais non, tout est logique, et tout se passe selon la loi sacro-sainte et éternelle de la raison du plus fort.


Cliquez sur "play" pour lancer la video


Jules César, grand égorgeur devant l'éternel le savait déjà bien, quitte à tuer, autant tuer beaucoup. La notoriété et la célébrité n'ont pas à s'arrêter à d'éculées conceptions humanistes. Ainsi, aujourdhui, dans notre vingt et unième siècle, certes il n'est plus question d'égorger le challan comme on prend son pastis au bord de la Méditérannée...non, on préfèrera le confort moderne de centre de détention supranationaux qui n'ont de compte à rendre à personne. L'efficacité de ces prisons d'un haut modernisme avéré est telle que certains arrivent même à se pendre dans une cellule aussi immaculé qu'aseptisée. Si, si, dans une cellule sans aspérités aucunes, ou tout est rond et ou rien ne peut servir d'attache, on arrive à s'étrangler soi même, dans un désespéré acte de guerre...si c'est pas de la modernité ça...

"La raison du plus fort" [1], le présent reportage est l'illustration française du concept sur-moderne qui consiste à criminaliser la pauvreté. Ségrégation racialo-économique qui cache son nom, mais qui crache ses inepties inhumaines. Volez un euro, vous êtes un criminels dangereux, volez en des millions et vous êtes chef d'entreprise.

Comment ? vous osâtes emprunter un transport en commun sans vous acquiter de la modique somme destinée à son entretien ? En taule...tout de même, quel manque de civisime, quel danger et quelle aliénation pour la norme sociale. Non mais c'est vrai, on commence à flibuster sur les tickets de métro et on arrive ensuite à télécharger des mp3, plongeant des milliards de grands "artistes" dans une profonde pauvreté, au moins aussi profonde que le gouffre de leur manque d'originalité compulsive. Ah mais quelle dommageable image pour la jeunesse, alors que les élites, elles, montrent un exemple sans faille de l'intégrité d'une pleinitude de valeur morales inattaquables.

Une bande de fous. En fait l'erreur d'appréciation qu'on pourrait commettre en essayant de comprendre le pourquoi du comment, serait de considérer que le monde fonctionne normallement...je veux dire d'une certaine normalité équilibrée, proche d'un certain idéal. Et bien non, et n'oublions pas que la somme des parties vaut plus que les éléments la constituant. De là à croire que les éléments constituants sont tous fous, il n'y a qu'un pas. C'est en tout cas l'explication facile : il y a des fous en haut de la pyramide sociale, tous occuper psychopatiquement à ramasser tout ce qui brille, et en bas, une autre bande de fous névrosés à force de voir des choses qui brillent mais hélas inaccessibles...Entre ces deux positions, dans le ventre mou, nous trouveront ceux qui hésitent encore entre quelle folie choisir...psychose ou névrose, c'est votre dernier mot, Jean Pierre ?

Dans le monde de l'illusion, c'est tout naturellement par l'image qu'on communique, image de soi, des autres, image d'idéal à atteindre, quitte à faire fi de notre propre nature, unique et indivisible. Comme une fraction de la totalité, nous cherchons chacun dans notre coin le dénominateur commun qui nous unis dans une normalité d'apparat. Idéal à atteindre, force de gravitation autour de laquelle nous devons tourner, la normalité désignée est renforcée par tout ceux qui s'y plient, au point d'atteindre la masse critique qui fera de la normalité une valeur floue, qu'il devient impossible de délimiter clairement, d'identifier précisément. A cette masse, tel un trou noir galactique, la normalité s'est estompée pour faire place à un conservatisme centralisé sur les élites qui maitrisent l'image, et tout ce qui n'est pas englobable doit être détruit. La politique d'aujourdhui n'est plus faite d'idées, elle est faite de communication...c'est celui qui gagne sur le terrain de l'image qui remporte les élections. Dans l'Empire de l'Illusion, les prestidigitateurs de la dialectique sont les maitres.

Nous sommes à un point ou tout les champs de pouvoir sont sclérosés, de moins en moins adaptés à la réalité des choses, et de plus en plus tournés exclusivement sur eux même, un peu comme une vieille chaussette qui sort toute emboulottée de la machine. Je ne suis pas sûre que le mot "emboulottée" évite une attaque à un académicien, mais ce dont je suis certaine, c'est que ces champs sclérosés le sont par le conservatisme de leurs membres. Politique, financier, commercial et médiatique, tous ont cette tendance "tour d'ivoir" qui en font des sous-univers fonctionnant avec leurs propres règles, se tournant sur eux-même jusqu'a être de plus en plus réticents à la nouveauté, à l'imagination...Ni démocratie, ni méritocratie, ces champs là sont composés de leurs propres dynasties, succession congénitale d'un pouvoir illégitime, filiation hasardeuse d'une puissance indue, jusqu'à l'incompétence, jusqu'à l'idiotie.

"J'ai fait le choix entre passer pour quelqu'un de malhonnête ou pour un incompétent qui ne sait pas ce qui se passe dans ces usines. J'assume cette deuxième version" (Arnaud Lagardère, celui qui vient de vendre la moitié de ses action EADS)

"Devant quel micro Noël Forgeard, le copédégé d'EADS, nommé là par Arnaud Lagardère, a-t-il choisi de s'expliquer, le 16 juin ? Celui d'Europe 1, propriété du groupe Lagardère, lequel est aussi le principal groupe de presse français.

A quel journal Arnaud Lagardère a-t-il accordé sa première interview ? Au "Monde", daté du 17 juin. Un "Monde" dont le groupe Lagardère est le premier actionnaire privé.

A quel quotidien Noël Forgeard a-t-il donné son premier entretien avec la presse écrite ? Au "Parisien", le 19 juin, dont le groupe Lagardère possède un quart du capital.

A quel journal économique le même Forgeard a-t-il réservé ses explications financières ? A "La Tribune", le 20 juin. Une publication qui appartient à Bernard Arnault, le pdg de LVMH, lequel est membre du conseil de surveillance...du groupe Lagardère, qui est lui même administrateur de...LVMH.

On s'en doutait, rien ne vaut la presse en famille."
[2]

[1] "La raison du plus fort" est un excellent reportage de Patrick Jean : www.laraisonduplusfort.com

[2] Source : Le Canard Enchaîné, 21 juin 2006 ( www.lecanardenchaine.fr )

Vérifiez l'information, faites une recherche Google en rapport avec ce billet :


Google