Le Moral des Industriels

Heureusement, les voies du saigneur étant impénétrables, ce matin, j’appris par une revue rapide de la presse francophone que le moral des industriels va bien mais reste fragile.

Oh, attention, il va bien mais faut pas pousser bobonne dans les orties quand elle est en short. Ainsi comme l’affirme un article Reuters : « Le moral des industriels français reste fragile mais le mouvement de protestation anti-CPE ne l'a pas entamé et les chefs d'entreprise jugent la conjoncture industrielle toujours bien orientée. »

Le moral….derrière cette expression en forme de foutage de tronche, se cache très simplement le carnet de commande des dits industriels. Le moral et le carnet de commande sont intimement liés, comme une charlotte et ses fraises. A part ça, l’indicateur synthétique se tasse…le quoi ?? l’indicateur synthétique, ouais, je sais, on s’excite avec se qu’on peut.

« Les mouvements sociaux ont forcément pesé sur le moral des industriels mais les bonnes nouvelles sur la consommation et les perspectives de croissance 2006 ont été des facteurs de soutien", selon David Naudé, économiste à la Deutsche Bank »

Super. Ah la consommation, les perspectives de croissances. Heureusement qu’il y en a qui se sentent concerné par ce qui se passe dans la rue. En fait ce qui empêche le « moral » des industriels de vraiment percer tous les plafonds, c’est la flexi-précarité refusée par toute une jeunesse, que dis je, par toute la France d’en bas. Z’êtes pas sympa avec le moral des capitalistes, merde quoi à la fin !

« Les carnets de commandes se tassent tout en restant à un niveau relativement étoffés, note l'Insee qui ajoute que la demande étrangère plafonne à un niveau toutefois assez élevé. Les performances de l'industrie française sont en deçà de celle de la demande industrielle mondiale. La demande mondiale est au plus haut mais la France continue de sous-performer, ajoute-t-il»

Oui, si ça se replie, c’est pas bon, si ça se tasse c’est pas bon, faut que ça décolle. Et pour que ça décolle, il n’y a pas 36 solutions, on achète les matières premières aux meilleurs prix, l’automatisation des chaînes de production est à son maximum, donc pour amener un niveau de production propre à contenter le marché, il faut « flexi-précariser » la force de travail, il faut attendrir le travailleur à grand coup de pompe dans le train. Bah ouais, on va pas produire plus pour améliorer le bien être collectif, faut pas déconner, c’est qu’on a des actionnaires à nourrir, vin dju !

Oui mais voilà, la demande étrangère plafonne qu’on nous dit ! Mais quoi ? qu’est ce à dire ? Contradictoire ? « la demande étrangère plafonne » et « la demande mondiale est au plus haut »….y’ a comme une cou***le dans le potage !

C'est-à-dire que le marché sature, il y a suffisamment de produits disponibles ? C’est une bonne nouvelle, les prix vont baisser. C’est une mauvaise nouvelle, car si les prix baissent et que le marché est saturé, il va bien falloir élaguer dans la masse laborieuse, réduire les coûts de production, car les actionnaires, à la gargantuesque gourmandise, exigent une rentabilité maximale, sinon ils changent de crèmerie.

Où peut être que c'est-à-dire que le marché n’est pas saturé, mais que la demande attend spéculativement que les prix baissent pour acheter, et rendre ainsi le « moral » aux industriels ? Quoiqu’il en soit, devine qui va trinquer ? Hein ? devine…

« Les chiffres du moral des industriels soulignent la fragilité des perspectives industrielles en France , renchérit Laure Maillard, économiste chez IXIS CIB. »

Non ? Le marché français est saturé, lui aussi ? Ou, plus simplement, il n’y a guère de pouvoir d’achat permettant une consommation plus grande ? Ou peut être que les produits manufacturés étrangers sont plus compétitifs ? Travailleurs, travailleuses, étudiez dores et déjà l’itinéraire le plus adéquat vers l’ANPE la plus proche.

« Dans sa note de conjoncture de printemps publiée la semaine dernière, l'Insee s'était inquiété des capacités de l'industrie française à tirer parti d'un environnement international porteur. »

Bah oui, m’sieur Insee, mais puisqu’on vous dit que le travailleur français ne veut pas être plus souple qu’Houdini le Grand ? Et si les actionnaires faisaient œuvre de charité publique en…non ? bon, ok, on peut pas conter sur les cloportes.

En conclusion, que nous apprend cette nouvelle sur le « moral de industriels » ? Elle nous apprend simplement qu’il serait bien que le CPE finisse par être accepté et qu’au-delà, d’autres mesures « d’assouplissement » seraient les bienvenues. Nous vivons dans la jungle du marché économique, et la version des élites est que c’est la plèbe qui va payer, encore, toujours.


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